Sécurité-patient.fr
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Top 10 des dangers pour la sécurité des patients en 2025 par ECRI
Fondée en 1955 sous le nom d'Emergency Care Research Institute, ECRI est une association à but non lucratif étasunienne indépendante qui s’appuie sur 500 experts.
ECRI, se présente comme «la source d'information la plus digne de confiance en santé » et ressemble à une HAS française qui se serait spécialisée dans l'évaluation des Dispositifs Médicaux et la sécurité des soins.
Contrairement à la HAS, ECRI n’exerce pas de rôle réglementaire. L’organisation est affiliée à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme centre collaborateur.
L’impact de mesures récentes du gouvernement US (arrêt du financement de l’OMS, réductions des contrats fédéraux, initiative DOGE) devrait être limité compte tenu de la diversification de ses sources de revenus.
📈 ECRI publie une nouvelle liste tous les ans afin d’attirer l’attention sur des menaces émergentes où des actions préventives peuvent avoir un impact important pour l’amélioration de la sécurité des patients.
En 2025 les deux premiers « dangers » suivants apparaissent pour la première fois dans le classement du top 10
Top 10 Patient Safety Concerns 2025
💡 Le "Gaslighting médical"
Le terme "gaslighting" trouve son origine dans une pièce de théâtre anglaise de 1938, adapté au cinéma par Georges Cukor en 1944 (un mari manipule sa femme en modifiant subtilement son environnement, en niant que ces changements aient eu lieu). Traduit au Québec par "détournement cognitif", dans le contexte médical, il s'agit de situations où les professionnels de santé rejettent, minimisent ou discréditent les symptômes rapportés par les patients, les conduisant à douter de leurs propres ressentis et expériences. Le gaslighting traduit un comportement qui aboutit à négliger les symptômes ou préoccupations légitimes exprimés par un patient et qui aurait dû entraîner une évaluation médicale plus complète et rigoureuse. Les professionnels de santé peuvent manifester ce type d'attitude sans en avoir conscience, influencés par des biais inconscients et par la persistance d'une approche médicale paternaliste.
Le gaslighting médical entraîne des diagnostics erronés, des retards de traitement, des souffrances prolongées et une détresse émotionnelle ; 55 % des répondants à un sondage ont signalé une aggravation des symptômes, et 28 % ont déclaré s’être rendu aux urgences.
Exemples de biais cognitifs dans les soins cliniques susceptibles de favoriser le « gaslighting »
Aux Etats-Unis, le phénomène affecte particulièrement les femmes, les personnes de couleur et d'autres groupes marginalisés.
Dans certains cas, il peut s'écouler des mois ou des années avant que les personnes reçoivent un diagnostic précis et commencent un traitement approprié.
Les patient(e)s présentant des troubles somatiques non spécifiques peuvent être plus particulièrement concernés. Des études récentes conduites en Angleterre[1][2]et aux Etats-Unis[3] ont permis d’illustrer ce constat auprès de femmes souffrant d’endométriose.
Dans un article récent[4], il est également souligné qu’il s’agit donc de rechercher un équilibre délicat entre la prise en compte des plaintes cliniques et le maintien d'une bonne relation thérapeutique, tout en évitant les investigations inutiles ou excessives.
💡 L’IA
L'IA représente une révolution majeure aux enjeux stratégiques considérables, promettant non seulement de transformer radicalement les prises en charge, mais aussi de réduire les coûts et de contrer l'épuisement professionnel. Le potentiel de l’IA justifie une mobilisation des plus hautes instances gouvernementales et attise une intense compétition industrielle internationale.
Pour ECRI, l'IA présente cependant des risques importants si elle est mal encadrée. Les erreurs médicales générées par l'IA peuvent compromettre la sécurité des patients et conduire à des diagnostics erronés ou des décisions thérapeutiques inappropriées.
Des rapports ont révélé que certains modèles d'IA présentent des préjugés liés à la race, au statut socio-économique, au sexe ou à l'orientation sexuelle, ce qui pourrait exacerber les disparités en matière de soins de santé. Pour ECRI, les centres médicaux universitaires ne prennent pas systématiquement en compte des facteurs tels que l'inégalité, le racisme ou les préjugés dans les politiques de gouvernance de l'IA. Une autre enquête révèle que seulement 16 % des CHU interrogés ont établi des politiques de gouvernance de l’IA.
Par ailleurs, les patients et les professionnels de santé étatsuniens ont exprimé des inquiétudes quant à l'adoption de l'IA. Dans une enquête menée en décembre 2022 auprès de 11 004 adultes, 60 % ont déclaré qu'ils se sentiraient mal à l'aise si leur prestataire s'appuyait sur l'IA pour leurs soins médicaux, et 75 % craignaient que les prestataires adoptent l'IA trop rapidement.
Une autre enquête menée en 2024 auprès de plus de 2 300 infirmières et infirmiers a révélé que 60 % étaient en désaccord avec la déclaration suivante : "Je peux faire confiance à mon employeur pour mettre en œuvre l'IA avec la sécurité des patients comme première priorité".
ECRI recommande la formation de comités multidisciplinaires pour évaluer les technologies intégrant l'IA, la mise en place de systèmes robustes de signalement des incidents, et l'établissement de politiques clarifiant que le jugement clinique doit toujours primer.
En France, la "garantie humaine" constitue un pilier majeur et distinctif de l'approche de l'IA en santé, avec un poids important tant sur le plan juridique qu'institutionnel. Une approche qui offre potentiellement une réponse à la préoccupation identifiée par ECRI concernant la "gouvernance insuffisante de l'IA en santé". Cependant, sa mise en œuvre effective reste un défi qui nécessitera des ajustements continus à mesure que les technologies évoluent.
Références
Top 10 Patient Safety Concerns 2025
1] Hearn, J. H., Bryson, K., Barsauskaite, L., & Bullo, S. (2024). A COM-B and Theoretical Domains Framework Mapping of the Barriers and Facilitators to Effective Communication and Help-Seeking Among People With, or Seeking a Diagnosis Of, Endometriosis. Journal of Health Communication, 29(3), 174–186. https://doi.org/10.1080/10810730.2023.2299003
[2] ‘Gaslit by doctors’: UK women with endometriosis told it is ‘all in their head’, The Guardian, Janvier 2024
[3] Multistakeholder Convenings Reveal Systemic Neglect and Unheard Pain in Endometriosis Care for Black Women, Leading
[4] Ng, Isaac KS et al.Medical Gaslighting: A New Colloquialism The American Journal of Medicine, Volume 137, Issue 10, 920 - 922, Octobre 2024
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